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Pigments et peintures

Une des questions que nous nous sommes demandés au CREAF : comment faire de la peinture avec les ressources naturelles de notre forêt ? Ici, en Matawinie, région forestière et souvent montagneuse, caractérisée par un socle précambrien de roche essentiellement granitique, on pourrait penser qu'il est difficile de rencontrer quoique ce soit. A priori, l'essentiel des ressources pourrait se trouver davantage dans le sud de Lanaudière, près du fleuve surtout, en raison des importants dépôts de sédiments dans la plaine limoneuse. C'est vrai, pourtant dans notre habitat même, il y a amplement matière à nous constituer une palette des plus variées, de même que tous les ingrédients nécessaires pour fabriquer différentes sortes de peintures. Mais d'abord, comment fabrique t-on de la peinture écologique, 100 % naturelle ?

Pour faire de la peinture, il faut biensûr une matière colorante. Tout ce qui nous entoure dans la forêt est coloré, donc à première vue exploitable comme colorant. Cependant, certaines matières sont plus faciles à utiliser que d'autres, plus durables, et donnent des résultats plus précis.

On peut tout d'abord se tourner vers les pigments, et pour commencer vers toute la gamme des pigments minéraux, qui proviennent des pierres, des roches, des sables, des terres, des sédiments, etc, lesquels donnent une grande variété de couleurs, selon leur teneur en calcaires ou en oxydes de fer par exemples : verts, bruns, ocres, rouges, oranges, mauves, jaunes, beiges, gris, noirs, blancs.
On peut aussi se fabriquer des pigments à partir d'une grande quantité de végétaux, lesquels donneront des couleurs beaucoup plus nombreuses et subtiles, chaque plante ayant presque sa propre identité, tant au niveau des teintes que des textures (brillantes ou mates), dans une diversité qui va des couleurs vives des pétales de certaines fleurs aux teintes opaques ou plus mates des tiges, des branches, des écorces, pour ce qui est de la partie "visible" des plantes et des arbres. L'écorce de certains arbres, naturellement plus foncée ou colorée dans certais cas, peut donner

Enfin, on peut aussi se fabriquer des pigments à partir des animaux, en utilisant leur sang par exemple, ce qui est pratiqué depuis des millénaires par de nombreuses cultures, puisqu'il est utilisé et respecté comme étant l'un des colorants les plus tenaces et efficaces.

Quelque soit l'origine de la matière colorante, la première chose à prendre en considération est que pour obtenir un pigment quelqu'il soit, la matière brute doit d'abord être réduite en poudre, presque à l'état de farine. L'écorce de certains arbres, naturellement foncée ou à la couleur très prononcée dans certais cas, comme par exemple le cèdre rouge, peut donner des résultats impressionnants. On peut aussi réduire en poudre les fleurs sèches, les graines et même certains fruits séchés. Et n'oublions pas qu'en matière de pulvérisation, on parle habituellement - pour ce qui est de la finesse du grain - en termes de "micron", c'est-à-dire en millième de millimètre... Plus la poudre est fine, meilleure sera la qualité du pigment.

Une autre manière d'obtenir du colorant végétal est par ébullition. Cette fois, les plantes ou parties de plantes choisies sont plongées dans l'eau bouillante pour une durée variable selon la teinte désirée, et selon la plante elle-même. Plus on l'y laisse longtemps, plus prononcée sera la couleur. Attention, les colorants liquides ne s'utilisent pas avec les mêmes ingrédients par la suite, comme nous allons le voir dans les procédés de fabrication de peintures suivants.

Pour faire de la peinture à huile

Une manière facile de faire de la peinture à huile classique, avec peu d'ingrédients mais tous naturels, consiste à prendre de cette poudre de pigment obtenue, en très petite quantité (1 à 3 cuillères maximum) et à la mélanger avec de l'huile de lin (2 à 3 cuillères maximum). Remuer longtemps, jusqu'à ce que le pigment en poudre imprègne l'huile complètement, au point de devenir une sorte de pâte lustrée semblable à celle qu'on trouve en tubes dans le commerce. Cette pâte ne se dilue ni à l'huile ni à l'eau, il faut donc la brasser jusqu'à parvenir à la texture idéale, très souple et onctueuse, et recommencer au besoin, en modifiant un tout petit peu les dosages si elle s'avère trop liquide ou difficile à malaxer. Cette façon de faire de la peinture à huile est la plus facile et la plus ancienne. Dans des cas extrèmes, si l'on ne dispose pas d'huile végétale, on peut utiliser de la graisse d'animal aditionnée de pigments, pour des applications telles que le "body painting", la fabrication de crèmes et d'onguents colorés.

Une autre façon de parvenir à faire de la peinture à huile, consiste à utiliser une résine de conifères, mais cette fois diluée dans de l'alcool, puis mélangée avec le pigment. La résine seule donne déjà une substance proche de l'huile ou du vernis naturel.

Pour faire de la gouache

La gouache s'obtient, toujours parmi l'une des méthodes les plus simples, en mélangeant la matière colorante (pigment ou résidu liquide) à un peu d'eau et à de la farine extrèmement fine (comme celle d'un fécule quelquonque), le tout à chaud. Le produit qui en résulte devient un "corps" qui permettra de fixer le colorant, autrement dit une sorte de liant servant à la fois de support et d'absorbant des propriétés colorantes contenues dans le pigment. Contrairement à l'huile, la gouache se dilue finement avec de l'eau, et c'est en quelque sorte l'équivalent d'une peinture à huile mais plus mate, moins transparente, et surtout, soluble dans l'eau.

Pour faire de l'acrylique

Si l'on a sous la main une bonne quantité de colle blanche (liquide), telle qu'en utilise les artistes et très souvent les écoliers, on peut obtenir une excellente acrylique de la façon suivante : il suffit de diluer dans la colle, qui devient alors comme une sorte de lait, la matière colorante qu'on lui incorpore et qui provient du colorant liquide déjà bouilli. Tenter de mettre des pigments en poudre ne donne pas de bons résultats, tandis que le mélange de concentré de peinture liquide bouillie ajouté à la colle blanche donne une excellente peinture acrylique, totalement imperméable. Elle n'a donc pas les mêmes usages que les peintures précédentes, et peut être par exemple utilisée en extérieur. Cette façon de faire de l'acrylique naturelle change aussi la perspective du peintre qui l'utilise : au lieu d'être connotée comme très artificielle et synthétique, elle n'emprunte qu'à la colle blanche son pouvoir de liant, mais conserve son originalité grâce à la provenance forestière de ses colorants.

Pour faire du pastel

Le pastel est lui aussi une technique en apparence simple, mais en fait plus difficile peut-être à manier que les autres, alors qu'on le prend parfois pour une sorte de bâton de craie un peu grasse, ce qu'il est assurément, mais non pas de façon aussi grossière. Pour en fabriquer, mentionnons qu'il est essentiellement composé de pigments, presque à l'état solide, et de très peu d'autres ingrédients. Ceux-ci consistent en l'ajout d'une infime quantité de matière grasse et de chaux, à peine une 1/2 cuillèrée, pour solidifier davantage le pigment et lui donner l'aspect d'un caillou ou d'un bâtonnet.

Pour faire de l'aquarelle

Un livre ne suffirait pas à décrire toutes les façons de fabriquer de la peinture. Mais pour terminer momentanément ce chapitre, mentionnons que la fabrication de l'aquarelle est la plus facile de toutes : il suffit de récolter et de préparer ses pigments, de les conserver séparemment, puis le moment venu, d'en prélever une infime quantité, de la couleur désirée, et de la mélanger à une ou plusieurs gouttes d'eau, puis de mélanger doucement le tout. Voilà qu'apparait l'aquarelle. Cette technique de peinture étant l'une des plus délicates, car difficile à retoucher et toute en légèreté, il est recommandé d'y aller par petites touches, en se souvenant que plus le pigment est dilué, plus claire sera la couleur.