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Savons, un commencement…

Introduction

Il existe de nombreuses façons de faire du savon... Depuis toujours, l'histoire des soins du corps reflète les mille et une manières que les hommes et les femmes ont découvert pour nettoyer leur peau, hydrater celle-ci, raffraichir leurs vêtements et dégraisser leurs objets domestiques par des moyens qui, allant plus loin qu'un simple rinçage, leur procureraient aussi un parfum de propreté dénotant un respect de soi-même, voire même une forme de coquetterie. Mais avant tout, l'histoire du savon, c'est d'abord l'histoire de l'hygiène à travers les siècles et les civilisations.

Origine du savon

A l'origine, les hommes utilisaient vraisemblablement de l'eau, du sable, et parfois des cendres (ensuite rincées), pour se laver. Pour nettoyer des peaux d'animaux, nécessaires à l'habillement primitif, ou plus exactement pour tanner celles-ci avant la confection sur-mesure, les autochtones du continent nord-américain savaient que les graisses de l'animal même fourniraient, proportionnellement à sa taille, les ingrédients exacts utiles à ce nettoyage indispensable, sans lequel les bactéries prolifèreraient, entraînant la dégradation du cuir, des problèmes de conservation et d'hygiène. Un proverbe ancestral fournit même toujours à la fois la recette et l'explication de ce phénomène : "each animal has enough brains to tan himself" (= chaque animal possède assez de cervelle pour se tanner lui-même). Cette sagesse démontre encore que la nature prévoit bien les choses.

La création et l'emploi du savon en tant que tel remonte, quant à lui, selon des sources indoeuropéennes, à l'antiquité. Bien avant le Moyen-Age, on se lavait avec des décoctions d’écorces d’arbre et de plantes. En Égypte, en Grèce et à Rome, on fabriquait des barres de savons faites à partir d'huiles végétales ou animales, de cendre d'os ou de bois extraits de plantes parfumées. Les vestiges d'une savonnerie ont même été exhumés dans les ruines de Pompéi. Au VIII siècle, les Espagnols fabriquaient du savon avec de la graisse de chèvre et des cendres de bois de hêtre, puis les habitants du sud de la Gaule, déjà sous influence romaine, eurent l’idée de remplacer la graisse par de l’huile d’olive.
Mais l'apparition du savon tel que nous le connaissons de nos jours a, dit-on, eu lieu dans la la ville de "Savone" (d'où le mot "savon"), au nord-ouest de l'Italie. Puis c'est la ville de Marseille, qui vers l'an 800, qui prend le relais et devient la capitale de la fabrication du savon dans tout le bassin méditerranéen. Un millénaire plus tard, au XIXème siècle, on comptait plus d'une soixantaine de savonneries dans la capitale phocéenne. Longtemps considéré comme un luxe, inconnu chez les classe populaires où il n'était pas utilisé, sauf par les lavandières, les blanchisseuses et les domestiques chargés des lessives collectives, il ne se répand qu'au moment où la pratique du bain, et l'usage des baignoires, se généralise progressivement, soit au début du XXème siècle, époque à laquelle son coût devient abordable, le rendant alors accessible.

Quant aux colons de notre continent, ceux-ci auraient le plus souvent fabriqué leur savon à base de graisse animale, récupérée des viandes des animaux chassés par les trappeurs et dépecées par les femmes, et de soude caustique obtenue en filtrant de l’eau de pluie dans un tonneau percé rempli de cendre de bois dur. La solution ainsi obtenue était portée à ébullition jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment concentrée pour que, selon la tradition, un oeuf frais puisse y flotter à la surface.

Le savon d'aujourd'hui

De nos jours, la plupart des savons sont industriels, faits à partir d'ingrédients chimiques plus ou moins tous dérivés de la glycérine, elle-même un dérivé du pétrole. Les huiles végétales ont en outre perdu du terrain face aux graisses animales. Les savons d'aujourd'hui contiennent pour la plupart des essences artificielles, des arômes reconstitués, des préservatifs ou des assouplissants, et presque tous vantent (plus ou moins légitimement) leurs mérites pour la santé de la peau. La plupart des savons modernes sont alcalins, c'est-à-dire que leur pH est supérieur à 7, tandis que celui de l'épiderme varie, quant à lui, entre 4,2 et 6,8. Plus un savon est alcalin, plus il est détergent et, par le fait même, asséchant. Idéalement, un savon non nocif devrait avoir un pH proche de celui de la peau, soit 5,5.

Les traditions et les différents usages des savons ont cependant souvent varié d'un endroit à l'autre, comme par exemple dans les régions méditerrannéennes, où l'on ne jure encore que par le savon brut dit "de Marseille" ou savon "de ménage" à tout faire, composé à 72 % d'huiles végétales, et qui sert autant pour la lessive à l'eau froide que pour le lavage de toute la famille. Dans d'autres endroits, c'est le savon à l'huile d'olive qui est privilégié, censé adoucir la peau, ou encore le savon au lait de chèvre, réputé pour sa douceur, qui connaissent un retour non négligeable face aux géants de l'industrie.

En quoi consiste le savon ?

Le savon en tant que tel n'existe pas à l'état naturel. Mais il n'est autre au départ qu'un alliage de sels d'acides gras, provenant d'huiles animales ou végétales et de substances alcalines telles les sels de potassium ou la soude, qu'on soumet à un procédé - la saponification - qui transforme, par ébullition, ces corps gras en une pâte qui, une fois parfumée et séchée, donnera du savon.

Le but du savon

Le savon est nécessaire pour des raisons d'hygiène, mais aussi de santé, même si à certaines époques on pensait préserver le corps des microbes en ne se lavant pas ! Le savon sert avant tout à nettoyer la peau, et l'efficacité de celui-ci se constate d'après sa capacité à ôter les cellules mortes de la peau autant que l'excès de sébum et les bactéries responsables des mauvaises odeurs et la saleté, le tout en provoquant un minimum d'irritation. Si le savon ne joue pas bien son rôle, par exemple s'il n'est pas accordé aux différents types de peaux, il peut parfois provoquer des problèmes tels que l'acné, le milium (petits boutons blancs) ou encore la desquamation de la peau. D'où l'importance de bien choisir son savon, et d'avoir recours de préférence à des savons d'origine naturelle.

Le choix des ingrédients

Le choix des huiles et des graisses peut varier selon le type de savon désiré, sachant qu'un vaste choix est possible parmi les graisses de boeuf, de mouton par exemple, mais aussi le lait de chèvre, les huiles de palme fraiches (à ne pas confondre avec l'huile palmiste extraite de l'amande palmiste ou coconotte), les huiles rouges, d'olive, de coco, ou encore de coprah, ces dernières étant particulièrement riches en acide laurique en raison de leur forte teneur en sels alcalins qui possèdent des propriétés moussantes recherchées. On distingue habituellement les savons artisanaux des savons industriels d'après leur taux d'humidité (35 % pour les biologiques contre 5 % pour les savons industriels). Les savons biologiques ont un pH équilibré et tirent la plus grande partie de leur humidité d'ingrédients comme l'eau ou encore le lait qui peuvent entrer dans leur composition. Enfin, soulignons que les savons biologiques répondent plus souvent à ce que recherchent les utilisateurs : ils sont durs, s'usent moins rapidement que les savons industriels et répondent mieux aux nombreuses tâches ménagères. De nos jours, il est possible de fabriquer biologiquement toutes sortes de savons : savons colorés et parfumés our la toilette, savons doux pour les bébés, savons de lessive, savons médicaux, antiseptiques, etc.

Fabrication : comprendre la métamorphose des éléments

Le principe de base de la fabrication du savon se résume à purifier et à décolorer la graisse, puis à la traîter à chaud avec de la lessive alcaline en présence d'eau pure. Ce procédé, qu'on appelle la saponification, permet aux glycérides présentes dans la graisse d'être attaquées par la soude, puis d'être décomposées en ce qui donnera d'une part la glycérine, d'autre part les acides gras.

Les éléments suivants sont nécessaires pour faire du savon : une graisse (animale ou végétale) et une lessive alcaline contenant de la potasse ou de la soude, qui sont les élémens de base. Cette lessive doit présenter un mélange précis de soude caustique pure (NaOH) en paillettes ou en perles, qu'on doit mélanger de préférence avec de l'eau de pluie recommandée en raison de sa faible minéralisation. On peut ensuite ajouter en très petites quantités des huiles essentielles, des colorants et des arômes - artificiels de préférence - (citron, rose, pèche, clou de girofle, lavande, citronelle, etc), voire même des éléments accroissant leurs propriétés déodorantes, émulsionnantes ou tensio-actives, tels que le propylène glycol, utilisé comme hydratant, et qu'on retrouve dans le dentifrice, les sirops, les colorants à pâtisserie, ainsi que les rince-bouches. On utilise parfois aussi du diozide de titanium, minéral qu'on trouve à l'état naturel et qui sert à former crêmes et pâtes (dentifrice, glacée, à pâtisserie), tout autant qu'à opacifier et blanchir le produit. L'efficacité du savon s'améliore avec l'âge, tandis que la graisse à tendance à se déterriorer.

En fait, le savon, c'est un gras qui enlève d'autres gras : formé de petites particules agglomérées les unes aux autres, dont une extrémité se fixera sur l'eau et l'autre sur les graisses, il réagit au contact de l'eau. Le fait de se frotter les mains pour faire mousser le savon, séparera les graisses de la saleté, qu'on rincera ensuite facilement.

Il faut ensuite séparer la glycérine, et purifier le résidu qui devient alors du savon. Certains procédés à l'ancienne permettent même de convertir de l'huile de récupération en glycérine naturelle, qui s'avère un émollient adoucissant et un hydratant pour la peau. Ensuite, le savon peut prendre plusieurs formes, selon l'utilisation désirée : liquide, en pâte, ou encore en barres solides et solubles dans l'eau. Le sèchage des pains de savon prend généralement beaucoup de temps, une moyenne d'un mois n'est pas inhabituelle.

Pour les textures et les couleurs du savon, nous croyons au CREAF que la nature a mis suffisemment d'éléments divers à notre disposition pour n'avoir que l'embarras du choix : jaunes foncés des verges d'or violets tirant sur le rouge foncé des bleuets, bleus translucides des racines d'orcanette, rouges des pigments des terres ferrugineuses, ocres et verts des argiles naturels récoltés sur les bords des lacs sauvages de la Matawinie.

Ustensiles

Pour ce faire, on prévoit : une batteuse à savon ou à huiles, pour mélanger les graisses et la lessive caustique, munie d'un robinet doseur pour obtenir la concentration requise, et que l'on écoulera lors de l'agitation. Puis des moules en métal pour y couler le savon encore chaud et à l'état liquide. Après une nuit de refroidissement, on opère successivement le démoulage puis le découpage à l'aide d'une découpeuse à savon à écartement règlable (ou à la main). Ensuite vient le sèchage des briques de savon sur des planches ou des étagères en bois, dans un local bien aéré car le passage de l'air accèlère la maturation des savons, sans oublier les fûts pour stocker l'huile et les barrils pour récolter auparavant l'eau de pluie. Parmi les autre outils nécessaires, prévoir un thermomètre pour mesurer la température des huiles, des louches, des brosses, des réservoirs pous stocker les lessives préparées. Pour les finitions, on peut utiliser un rabot de finition des bords, une balance à plateau à cadran (pour peser les éléments les plus lourds, huiles, lessive), et une balance de précision pour peser les parfums ou les colorants éventuels. Une presse de marquage peut servir, pour plus de raffinement, à marquer d'un sceau particulier les savons destinés à la vente ou à une clientèle particulière ; sans oublier les boites, les autocollants ou tout autre élément d'étiquettage qui pourra parachever le processus, si celui-ci est orienté vers la commercialisation. Enfin, il ne faut pas oublier de prendre quelques précautions, si l'on est amené à travailler longtemps aux différentes étapes de la fabrication du savon : mieux vaut se munir de gants en caoutchouc, de lunettes de protection, de bottes et d'un tablier de savonnier.

Conclusion

Même si de nombreuses techniques existent pour fabriquer des savons, à chaud ou à froid, des recherches sont en cours pour l'expérimentation et la fabrication des premiers savons naturels réalisés à base de plantes forestières : les travaux du CREAF livreront bientôt leurs secrets !