Territoire Culturel

CREAF / Forêt créative

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Cordages

Introduction

Les cordages naturels figurent parmi les transformations végétales les plus utiles à l'homme depuis la nuit des temps. Pour lier, nouer, porter, attacher, attrapper, balancer, soulever, déplacer, tendre, écarter, amarrer, brider, guider, clôturer, hisser, sonner, tirer, trainer, lacer, tramer, tisser, pendre, ficeler, que d'usages infinis.

Au CREAF, nous nous intéressons d'abord aux cordages naturels et à leurs techniques de fabrication ancestrales, puisque nous sommes au coeur d'un environnement forestier, habitat des Premières Nations de notre continent. Comme dans les autres cultures, la méthode de cordage traditionnel est demeurée relativement inchangée et similalaire, d'une région du monde à une autre, malgré la variété de plantes ou de fibres végétales utilisées. Un cordage est toujours fait de deux ou plus longues lamelles de fibres pliées ou tordues ensemble sur elles-mêmes. Ici, au Nord-Ouest du Continent Américain, les traces de ces techniques sont conservées sur des poteries datant d'il y a plus de 3000 ans. Comme beaucoup de pratiques antérieures à l'apparition de la céramique, des pratiques telles que la vannerie ou le cordage sont abondamment illustrées sur les premiers témoins durables que l'homme ait sû façonner, ici en locurrence sur des artefacts de terre cuite.

Matériaux

Le matériau principalement utilisé par les autochtones de l'Est du Canada fut le dogbane (Apocynum cannabinum), un type de chanvre très fibreux sans les propriétés narcotiques que contiennent d'autres variétés de la même espèce. De ces fibres, les autochtones tiraient de quoi faire des cordes mais aussi du fil à coudre, de même que d'autres plantes, des racines de conifères, du cuir d'animaux tels que le chevreuil ou l'orignal, découpé en fines lanières. Très convoitées aussi étaient l'asclépias (Asclepias incarnata), une de nos plantes préférées ici au CREAF, ainsi que la quenouille, l'ortie, l'écorce de l'orme et du peuplier, certaines espèces de roseaux, sans oublier l'écorce intérieure de cèdre et de peuplier.

Cueillette

C'est après les premiers gels, dans des champs boisés, que la plupart de ces plantes étaient récoltées. A ce moment-là, les tiges des plantes sont plus fragiles et plus cassantes. Après le gel en effet, les fines écorces sont plus faciles à ôter que quand les plantes sont encore vertes. Une exception cependant pour les asclépias et les quenouilles, qui peuvent être cueillies dès la fin de l'été : le gel leur est plutôt nocif, qui casse et désintègre la fibre à l'intérieur de ces plantes. Tandis qu'en fendant le haut de la tige, entre le pouce et l'index, on peut en extraire les filaments de fibre, qui se détache alors facilement de la paroi ligneuse de la plante.

L'intérieur de l'écorce du cèdre et du peuplier est plus long à récolter. Il faut d'abord fendre la première couche d'écorce à la hâche, élargir la brèche et tirer vers le haut en longs rubans l'intérieur de l'écorce. Ensuite celle-ci séparée à l'aide d'un couteau, saisie et littéralement épluchée vers l'extérieur de l'arbre. Cette opération est particulièrement délicate, car elle peut mettre en danger la vie de l'arbre. Il est donc conseillé de se servir aussi des branches déjà à terre d'espèces comme le peuplier, ou encore de troncs déjà coupsé de bois de cèdre.

Préparation des fibres

Mais revenons à nos rubans d'écorce. Ceux-ci sont ensuite entreposés jusqu'au moment où l'on en a besoin. Il faut alors les bouillir durant un jour et demi dans de l'eau contenant de la cendre de bois. La solution alcanine contenue dans ces cendres assouplit la fibre et éloigne la sève qui rendrait l'écorce rigide et cassante. Ensuite, on retaille les fibres à l'aide d'un couteau, jusqu'à obtenir l'épaisseur désirée.

Transformation

Une fois ces fibres préparées, de nombreux usages sont possibles : pour en faire des filets, des cordes, des lignes de pêche, des paniers, des ceintures, des lacets, des souliers, des sacs et des tapis. Pour fabriquer un cordage épais, lourd et solide, il faut ancré deux longueurs de fibres à un poteau ou, comme certains peuples le font traditionnellement, aux orteils. Ensuite l'on tord serré chaque longueur par dessus celle de gauche. Puis la fibre de droite est passée par dessus celle de gauche, et le processus est répété des quantités de fois, en introduisant de nouvelles longueurs au fur et à mesure que l'une achève sa vie individuelle au sein d'une tresse maintenant solide.

Cette technique est la plus rapide pour fabriquer des ficelles ou des cordages pour la couture. De nombreuses plantes, d'abord dures et cassantes, se révèlent flexibles et malléables dès qu'on les plonge dans l'eau : de courtes herbes ou fibres de plants de maïs peuvent même s'avérer utilisables. Enfin, effilocher ou marteler la fibre peut contribuer à améliorer sa flexibilité.

Conclusion

Actuellement, le CREAF expérimente surtout avec de l'osier rouge et des racines d'épinette. Des travaux sont en cours, dont nous vous donnerons les résultats prochainement. A chaque saison, de nouvelles plantes seront explorées.