Territoire Culturel

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Processus de fabrication de teintures naturelles

Préparation

Au CREAF, nous explorons avant tout les diverses façons de mettre en valeur nos ressources naturelles forestières. Ici, s'agissant de teintures naturelles, nous les fabriquons donc à partir des végétaux présents dans nos forêts.

Tout le matériel organique pouvant être utilisé (fleurs, écorces, racines, plantes entières, feuilles) doit être réduit le plus possible (trituré, écrasé, broyé et malaxé), afin d'en extraire le maximum d'éléments tintoriaux. Il est recommandé de bouillir une première fois les ingrédients, d'éteindre ensuite le feu et de laisser reposer une nuit entière avant d'utiliser le colorant.

Ce colorant diffère au fur et à mesure que se complexifie le processus, du colorant végétal simple (lui aussi obtenu par ébullition) utilisé dans la fabrication de peintures naturelles. Ici, l'on parle de teinture, ce qui implique un degré d'imprégnation plus prononcé, puisque le colorant doit réellement transformer l'apparence du matériau sur lequel il est appliqué.

Le lendemain matin, on réanime le feu, et l'on réchauffe la préparation. Le liquide obtenu est ensuite retiré, et filtré, si nécessaire, plusieurs fois, pour ôter les particules indésirables (restes minuscules d'écorces ou de tiges etc). Il est ensuite replacé dans le contenant, prêt à passer à la deuxième étape, quoique certaines teintures nécessitent plusieurs jours de repos, pour que se mette en branle un processus imperceptible de fermentation qui aura pour effet de concentrer les effets colorants de la teinture.

Ensuite, il faut préparer les fibres ou les matériaux que l'on souhaite teindre. Il est recommandé que celles-ci ou ceux-ci aient été lavés au préalables à l'eau tiède, et rincées plusieurs fois, sans modifier aucunement la température de l'eau. Dans tous les cas, éviter les noeuds et les plis abimant les fibres. Ensuite, les peigner, les séparer les unes des autres.

Mordançage

Cette deuxième étape importante du processus est utilisée pour fixer les couleurs, les rehausser, les projeter et leur assurer une plus grande durabilité. Il existe trois méthodes de mordançage :

Les mordants (terme utilisé en peinture et en teinture pour désigner les fixatifs qui accrochent spécifiquement la couleur) les plus utilisés sont l'alum, le tartre, l'étain, le cuivre, le fer et le chrome. Pour des raisons évidentes de toxicité, nous recommandons d'éviter les mordants métalliques, et suggérons d'utiliser soit l'alum ou le tartre. Les cendres de bois franc, les clous rouillés et même l'urine sont aussi d'excellents mordants. Dans notre région, il serait pertinent d'utiliser la pruche et le sumac (vinaigrier), qui sont particulièrement spécifique de notre habitat, et tout aussi efficaces pour fixer la teinture. Tout ce qui sert aussi à tanner des peaux d'animaux peut également être utilisé comme mordant. Si l'un de vous, lecteur ou lectrice, vous attelez à cette tâche, n'oubliez pas de prendre des notes, ces connaissances sont précieuses !

Teinture

Nous voici prêts à porter à ébullition notre liquide, et à le laisser ainsi quelques cinq minutes, avant de réduire le feu, et de le laisser cette fois mijoter. Ensuite, nous introduisons le matériel devant être teint, préalablement mouillé à l'eau tiède. Nous remuons le tout, à l'aide d'une spatule de bois, avec constance... et sans nous impatienter du temps qu'il faut pour que la matière s'imprègne peu à peu. Toujours vérifier de l'état d'avancement du processus, pour ne pas obtenir une couleur trop accentuée, si ce n'est pas ce que l'on désire. Se souvenir aussi qu'une couleur encore mouillée parait toujours plus foncée qu'elle ne l'est en réalité, une fois sèche. Si le résultat est trop faible, répéter l'opération.

Les fleurs, les plantes et les tiges teignent plus rapidement que les écorces, les copeaux de bois ou les cônes de conifères. Une fois obtenue la couleur désirée, retirer le chaudron du feu, et disposer à sécher les matériaux teints. Ne pas oublier de nettoyer aussitôt le récipient utilisé à l'eau froide, en le laissant tremper au préalable pour ôter l'excès de teinture. Si, à cette étape du processus, on a un doute sur la qualité et la durabilité de la couleur obtenue, mieux vaut replonger le teinture dans un autre bain de mordant qui renforcera la couleur, et rassurera l'utilisateur !

Bien que les baies et certains fruits sauvages possèdent des couleurs magnifiques à l'état frais, beacoup d'entre eux ne sont pas durables, et leurs couleurs passent avec le temps. Pour éviter ce phénomène, on les écrase et on les laisser macérer toute une nuit, en leur ajoutant une tasse de vinaigre ou une cuillère à soupe d'un acide oxalique. S'il n'y a rien de tout cela à portée de main, un verre de jus de citron sans sucre peut convenir. Mais en général, si le matériel végétal est laissé au repos plusieurs jours, un processus de fermentation commence à opérer, qui donne de meilleurs résultats. A chacun d'avoir l'oeil ouvert, car seule l'expérience permet de dire à quel moment exact une teinture est prête à l'emploi.