Territoire Culturel

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Parole de Lauzes

Il est des régions dont les cultures et la nature ont besoin d'être protégées, mais aussi stimulées par des projets de développement durables, tels qu'en proposent les résidences d'artistes en art contemporain réalisées dans des paysages sauvages.

L'association "Sur le Sentier des Lauzes" a fait le pari de proposer au Parc naturel régional des Monts d'Ardèche que l'art contemporain soit le vecteur de son développement territorial.

C'est pourquoi, les fondateurs de Groupe Territoire Culturel ont répondu à l'invitation de leurs partenaires français ; un pont s'est créé entre deux régions, la Matawinie et l'Ardèche.

Bien qu'intervenant pour la mise en valeur d'espaces que tout oppose a priori - 92% des terres sont publiques au Québec, contre 8 % en France -, les démarches ont rapidement convergé pour aboutir à une action d'envergure : réaliser la première intervention artistique pérenne au sein d'un parc naturel régional, en inaugurant par la même occasion une "vallée culturelle" au coeur d'un massif montagneux du sud de la France, la Vallée de la Drobie, dans la région Rhône-Alpes, scellant ainsi l'alliance entre développement régional et création contemporaine.

C'est à Domingo Cisneros qu'est revenu l'honneur et la charge de réaliser ces "Premiers pas d'artistes" en territoire inconnu, dans un paysage et une végétation qu'il connaissait peu, à quelques kilomètres seulement du berceau de l'art sur la planète, la Grotte Chauvet, vieille de 33000 ans et dont les parois ornées dépassent la grandeur de Lascaux.

Répondant à l'invitation de l'association "Sur le Sentier des Lauzes" et du Parc Naturel Régional des Monts d'Ardèche (France), Domingo Cisneros a été mandaté pour créer une oeuvre environnementale à partir des matériaux locaux, les lauzes, pierre schistique très cassante mais utilisée traditionnellement pour édifier murs et toitures d'un habitat aujourd'hui en voie de disparition.

Parce qu'il importait de préserver une vallée sauvage - la vallée de la Drobie - et d'associer dans une démarche de conservation et de développement durable le Parc Naturel Régional des Monts d'Ardèche et ses 132 municipalités, le Conseil général (Ardèche), le Conseil régional et le Ministère de la Culture (Rhônes-Alpes), mais aussi les habitants des hameaux, jeunes et anciens, et de faire revivre par une création contemporaine l'esprit de ces lieux - c'est à Domingo Cisneros que les partenaires français se sont adressés, confiants en sa capacité à répondre à leur souhait de voir une oeuvre leur ressemblant et leur "parlant", surgir d'un environnement qu'ils tentent de sauver. Ses interventions artistiques dans des espaces sauvages ne leur étaient pas inconnues ; c'est donc en référence à ses interventions dans des lieux sauvages, et s'inspirant du projet "Territoire Culturel", qu'ils ont choisi de l'accueillir et de lui offrir des sites sauvages où travailler, ainsi que des lauzes comme matériaux et source d'inspiration.

En effet, dans cette partie isolée de l'Ardèche, les Cévennes ardèchoises, hanté par un complexe que Martin Chenot, architecte et président de l'association, appelle "ruinitude" (cf. "Un pays sous les chataîgniers"), ce sont les traces d'une culture millénaire qu'il importe de préserver. Un paysage façonné par la main de l'homme, où s'accotent à flanc de montagnes des milliers de "faïsses" ou terrasses escarpées retenues par des murets de pierre sèche où se sont noués quelques pieds de vignes durant neuf siècles et où ont pris racine chênes verts et chataîgners plantés par l'homme. En invitant Domingo Cisneros, les membres de l'association Sur le Sentier des Lauzes savaient aussi qu'ils rencontreraient un homme habitué à la survie, à la mort et la disparition des cultures, et qui est devenu, que ce soit par la défense des environnements sauvages mais aussi des cultures autochtones et régionales, un porte-parole du renforcement de l'identité culturelle par la création artistique.

Sur le site, Domingo Cisneros a travaillé pendant une trentaine de jours, s'attelant d'abord à rebâtir un mur de pierres de 22 mètres de long, effort auquel se sont adjoints les gestes de nombreux habitants des hameaux voisins, venus l'aider à restaurer cet élément de leur patrimoine. Un promontoir rocheux fut dégagé en quelques jours. Des terrasses des vignobles voisins, on vit descendre enfants et cultivateurs, maçons et bergers, apportant leur pierre à l'édifice, mais aussi leurs histoires, légendes, coutumes, et produits régionaux. C'est en apprenant auprès d'eux à travailler cette pierre cassante qui résume toute leur fragilité, mais aussi leur résistance montagnarde (on est en pays huguenot, au pays de Stevenson et de son voyage à dos d'âne, du chanteur Jean Ferrat pour qui fut interprété en pleine nature une version orchestrale de "La Montagne") que Domingo Cisneros a sû faire revivre cette pierre oubliée.

"Parole de Lauzes"... Vingt figures de pierres sculptées et scellées dans le mur restauré, puis plusieurs stèles surplombant la montagne, incrustées à même le rocher, se détachent maintenant dans le ciel ardèchois. En arrière-plan, le village du Charnier, et plus loin, au-delà des montagnes, le massif du Tanargue (le "Tonnère", en langue d'Oc) inspirait la création de "El Espiritu de la montana", sorte d'aigle de pierres. À l'extrémité du mur, "El Sol", impressionnante roue solaire aux crans dentés, poitrail de pierres ouvert au levant comme au couchant, et en contrebas, "Familia", figures humaines prémonitoires, auxquelles l'artiste a dédicacé son travail dans un espoir d'enfantement exaucé deux ans plus tard lors de la naissance de sa plus jeune fille.

En dégageant aussi, lors de corvées collectives, les contreforts du muret de l'enchevêtrement de ronces qui l'emprisonnait, en débroussaillant le ruisseau retrouvé en contrebas, et qui n'avait pas été mis à jour depuis un demi-siècle, mais qui livre désormais un bassin d'eau fraiche où venaient autrefois les lavandières et maintenant les promeneurs, l'intervention a réhabilité un site exceptionnel là où ne restait que le chaos d'une guarrigue abandonnée aux sangliers ravageurs de ruines et de vignes.

C'est ainsi que les habitants de St-Mélany, de Dompnac et du Charnier , les hameaux voisins, ont retrouvé une part de leur patrimoine, et ont pu assister ou contribuer à la réalisation de la première sculpture environnementale créée au sein du Parc naturel régional des Monts d'Ardèche.

Parrainée par la Galerie Daniel Lelong, cette résidence s'est achevée par une marche inauguratrice, menée par Henri Belleville, directeur du Parc Régional, entouré des membres du Conseil général, du Conseil Régional et de la municipalité de Saint Mélany. Une foule importante s'est mise en route sur le Sentier des Lauzes, pour découvrir l'oeuvre et consacrer la naissance officielle de la première "Vallée culturelle".

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