Territoire Culturel

CREAF / L’Herbier Matawin

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SOURCE :

Verge d’or

Solidago
Golden Rod

Origine / Habitat

Il existe plus de cent-vingt espèces de cette plante en Amérique du Nord, adaptées à tous les types de climats et de sols, tandis qu'une seule espèce indigène en revanche est propre à l'Europe et l'Asie. Considérée comme une mauvaise herbe coupable de provoquer le rhume des foins, elle s'étend abondamment dans les champs incultes et sur les bords des chemins. Mais en réalité, son rôle dans cette allergie est sans doute surestimé, car si son pollen semble provoquer certains des symptômes de cette fièvre, celui-ci, trop lourd pour voyager seul, est transporté par les insectes ou retombe sur le sol, ne pouvant guère s'étendre plus loin. Il semble plutôt qu'il faille attribuer à sa floraison, dont l'époque correspond à celle du rhume des foins, la cause de cette opprobe qui fait qu'elle est persécutée partout où elle s'implante.

En Europe au contraire, où on l'appelle Solidago Canadiensis, elle est est admirée comme une fleur ornementale, en raison de sa magnifique couleur jaune d'or, et de sa faculté d'adaptation remarquable puisqu'elle manifeste une grande énergie au sein des végétations les plus diverses, qu'elle est prolifique et qu'elle s'est naturalisée dans de nombreuses régions.

Au Canada, elle s'étend du nord-est du pays (Terre-Neuve) jusqu'aux grandes plaines de l'Ouest. De floraison tardive, elle perdure jusqu'aux premières neiges. Au bord de la mer, sur les plages, près des côtes ou autour de rochers exposés, on rencontre le plus souvent une variété de Verge d'Or qui possède de succulentes feuilles comestibles. D'une façon générale, cette plante aime être exposée au soleil ou croitre partiellement à l'ombre seulement.

En Matawinie, on rencontre plusieurs espèces de Verge d'or, telles la Graminifolia, la Squarrosa, la Caesia (dont la tige est droite et les fleurs plutôt bleu-mauves), la Flexicaulis (qui pousse dans les forêts, et dont la tige zigzague au milieu de feuilles dentelées), la Hispida, la Canadiensis (plus facile à identifier car ses feuilles prolifèrent autour de la tige et qu'une sorte de gale, rencontrée seulement sur cette variété, se propage grâce à une larve) et d'autres encore. A ce jour, le CREAF a réalisé ses expérimentations à partir de la Graminifolia et de la Canadiensis.

Description

La Verge d'or atteint généralement deux à trois pieds de haut. Ses fleurs sont d'un jaune vif plus prononcé que celui du Bouton d'or, tandis que ses feuilles, alternes, sont d'un vert clair assez marqué.

Utilisations

Historiquement, la Verge d'Or a été le plus souvent utilisée pour soigner blessures et calculs rénaux. Son nom latin, Solidago, est dérivé de "solida" qu'on peut traduire par "le tout" et du préfixe "ago" qui veut dire "faire", ce qui n'est qu'une autre manière de dire qu'elle fait un tout, plus exactement, qu'elle soigne le tout.

Les parties de la plante qu'on recueille sont les fleurs et les feuilles. Elle donne un excellent thé d'une très belle couleur dorée, tonique et astringent, très apprécié en Chine. Elle contient également un puissant tanin.

Comment la récolte-t-on ? Il faut cueillir cette fleur au moment même de sa floraison. Puis la sécher délicatement, en prenant soin de l'étendre aussitôt après la récolte, avant qu'elle ne noircisse et ne pourrisse rapidement. Il faut aussi s'assurer qu'un champignon, qui pousse souvent sur cette plante, ne parasite pas celle-ci.

Il existe plusieurs traditions différentes quant à ses usages possibles en médecine. De nos jours, la médecine moderne affirme qu'il n'est pas possible de certifier qu'elle puisse soulager quoique ce soit. Cependant, ses feuilles séchées et ses fleurs ont été longtemps utilisées dans des cas d'hypertrophie de la prostate, de rétention d'urine, de leucorrhéee, contre la goutte, ainsi que pour certaines maladies ophtalmiques. En Europe centrale, on l'a utilisé en infusion pendant plusieurs siècles pour soigner les inflammations du foie et les diarrhées. Plus modestement, on peut la mélanger à d'autres herbes médicinales amères, dont elle adoucira la saveur. Tandis que ses effets généraux semblent jouer un rôle de stimulant et d'astringent, ses fleurs broyées en poudre conservent une excellente réputation pour soigner les blessures à guérison lente.

Certaines nations autochtones l'ont utilisée d'autres manières encore, soit pour guérir des ulcères, soigner les infections de la bouche, pour les poumons ou encore pour faciliter le labeur des femmes accouchant. Sous forme de cataplasme, elle était aussi utilisée pour appaiser brûlures et peaux ébouillantées, ou encore pour adoucir les blessures des chevaux, aux endroits qu'harnais, sangles et selles irritaient. Quant aux premiers colons américains, on rapporte dans certaines chroniques qu'ils en buvaient pour chasser leur mélancolie.

Plusieurs espèces de Verge d'Or ont été utilisées en teinture dans de nombreux pays. La couleur obtenue, fixée à l'aide d'un mordant, est d'un jaune vif, stable et durable. Pour la teinture de tissus, on recommande l'utilisation d'alun comme fixatif, et l'on peut utiliser la plante dans son ensemble, à l'exception des racines.

Les Premières Nations d'Amérique l'ont utilisé depuis des temps immémoriaux. La Verge d'Or, tout comme l'immortelle et l'achillée millefeuille, est abondante et facile à récolter puisqu'il s'agit d'une plante vivace. Aussi est-elle pour le CREAF l'une des plantes les plus intéressantes à expérimenter actuellement.

À l'automne 2008, 40 chercheurs et étudiants de l'Université du Québec à Montréal, membres de La Traversée, Atelier québécois de géopoétique, sont venus au CREAF suivre un séminaire de formation sur les utilisations de la Verge d'Or dans les arts et la gastronomie. Vous pourrez découvrir les témoignages de cette expérience partagée par plusieurs écrivains, tels Denise Brassard, Isabelle Miron, Louis Hamelin, Jean Désy, Jean Morrrisset, Christian Morissonneau, Rachel Bouvet, Laure Morali, André Carpentier, et d'autres, en vous procurant le livre "Derrière l'écorce : Matawinie 2008", publié par La Traversée/L'UQAM, et disponible dans toutes les bonnes librairies à Montréal.