Territoire Culturel

CREAF / L’Herbier Matawin

GTC
Groupe Territoire Culturel
http://www.territoire.org
info@territoire.org
SOURCE :

Bouleau

Betula papyfera
Bouleau blanc, bouleau à papier, bouleau à canot
White Birch, Paper Birch, Canoe Birch

Origine / Habitat

Le Bouleau est originaire des régions boréales, notamment de la Russie dont il est l’arbre emblème, s’étendant des marges de l’Europe centrale jusqu’aux confins de la Sibérie, au nord de l'Asie. Du nord au sud, dans ses limites extrèmes, on le trouve encore de l'Islande à la Sicile. Tandis qu’il est considéré comme un arbre élégant en Europe, en raison de la blancheur habituelle de son tronc et de ses lignes allongées, il est plutôt considéré comme un arbre commun au Canada, où l’on aurait tendance à le voir comme une espèce moins digne d'intérêt tant il est répandu. Une exception cependant au Québec, où il figure comme le symbole discret d’une province aux origines différentes, et au Chili, où le Bouleau est l’arbre sacré de la nation autochtone Mapuche. Habituellement mélangé parmi les peupliers, l’érable et les confières, le Bouleau, arbre vénéré des Premières Nations et pilier de la civilisation autochtone, offre une richesse d’utilisation étonnante pour divers métiers. Son nom remonte à l'antiquité, sans doute du mot Sanscrit "Bhurga" qui signifie "l'arbre qui sert à écrire".

Description

C’est un des arbres les plus faciles à identifier de nos forêts, en raison de son écorce fine qui se déroule ou plutôt se défait en lambeaux horizontaux hors du tronc, comme du papier-bible. Il peut dépasser les trente mètres de hauteur et atteindre parfois deux cent ans d’âge, ce qui est cependant rarement le cas de nos jours, la coupe de bois ne lui laissant généralement qu’une espérance de vie d’une quinzaine, voire une vingtaine d’années tout au plus. Il pousse en effet rapidement, et a l'avantage de parvenir assez vite à ses dimensions requises. Son bois est dur et pesant, mais peu résistant à l’humidité. D’une façon générale, si l’on songe à l’utiliser, ne jamais laisser que l’écorce n'adhère trop longtemps, car elle pourrirait le bois. Cependant, toutes les écorces du Bouleau sont imputrescibles en elles-mêmes. En Angleterre, un poète le décrit comme "la dame des bois" en raison de sa légèreté et de son élégance.

Utilisations

Bois

Son bois est dur et peu durable, mais comme le Bouleau pousse un peu partout, indifférent à la qualité des sols, et qu'il est bon marché, son utilisation principale en fait l'un des bois de chauffage les plus courants mais non des plus efficaces. Il est rarement utilisé pour faire des meubles, mais plutôt accessoirement pour fabriquer des sabots, des manches d’ustensiles, des masques et des cure-dents. En Europe, on l'utilisait encore récemment pour faire toutes sortes d'objets : bobines de fil, manches à balais, et des tonneaux pour conserver le poisson. Le charbon de bois du Bouleau a été utilisé pour faire de la poudre à canon, tandis que la combustion de l'arbre entier a servi pour fabriquer des gazs asphyxiants.


Ecorce

Sans doute son utilisation la plus connue, est-elle celle qu’on en fait pour la fabrication des canots. C’est grâce à l'écorce de Bouleau que la colonisation française a pu se faire et pénétrer dans des terres jamais explorées. Très populaire chez les chasseurs canadiens, celle-ci permet de réaliser des appeaux pour attirer les orignaux, ainsi que toutes sortes de boites, de caisses et de paniers ; pour recueillir fruits et baies sauvages ; pour préserver le poisson, les viandes, les farines, les graines et les semences. On l’utilise aussi en joaillerie, avec incrustations d’aiguilles de porc-épic ou par gravure au poinçon. Utilisée comme papier pour écrire, à l’instar du papyrus, on s’en sert aussi comme support pour peindre, dessiner et même faire de la gravure. On peut aussi en faire du carton et des bardeaux. Elle peut aussi servir comme matériau pour faire des torches, l’écorce servant tout à la fois de contenant et de bois d’allumage pour faire partir un feu. Là ne s’arrêtent pas ses usages, puisqu’une fois le feu allumé, l’écorce sert encore de récipient pour faire bouillir de l’eau, cuire des viandes qu’elle parfume d’une saveur douce-amère, et pour conserver sèves et résines, ainsi que le miel. On s’en sert enfin comme emballage pour empaqueter des objets ou des aliments, sans oublier l’écorce intérieure qui elle, peut servir d’aliment : la farine de Bouleau est excellente quoique méconnue. Dans certains pays, comme en Russie, l'écorce a permis de développer une industrie de la reliure de livres extrèmement populaire, car, semblable à une sorte de cuir, enduite de sa propre huile, l'écorce de bouleau s'est révélée très résistante à l'usure. Dans l'industrie encore, ainsi que dans certains pays d'Europe du Nord, l'huile extraite du Bouleau a servi d'insecticide et comme onguent pour les mains.

Sève

La sève du Bouleau est utilisée de la même manière que celle de l’érable, bien qu’elle contienne moins de sucre. A la fin de l’hiver, pour désintoxiquer l’organisme de la diète hivernale, riche en graisses et en viandes, les Premières Nations avaient pour coutume de s’abstenir de manger durant trois jours, puis de rompre leur jeûne en buvant seulement la sève glacée du Bouleau à papier, qui se recueille par entaille et coule sans discontinuer durant environ trois semaines. Toutes les vitamines de l’arbre remontent en effet vers les branches à l’époque de la fonte des neiges, l’arbre se gorgeant alors d’une eau riche en minéraux et en sucres naturels. Celle-ci a une saveur identique à l’eau de source, quoique légèrement sucrée, mais sa consistance est un peu plus lourde que l’eau. Chaque arbre pouvant donner facilement une cinquantaine de litres de cette sève, il faut imaginer la forêt en cette saison comme une source inépuisable de raffraichissement, ponctuée des bornes-fontaines en chaque endroit. Aussi même si l'on est loin d'un cours d'eau, il y a toujours une façon de se désaltérer, pourvu qu'on sache où et comment.

Branches

De ses branches les plus petites, ou plutôt de leurs extrémités et rameaux, pas plus grosses qu’un crayon ou un doigt, grâce à leur résistance et à leur flexibilité, on fabrique, dans de nombreux pays, toutes sortes de balais. Savait-on que la ville de Paris, jusque dans les années 90, utilisait 300.000 balais par an pour nettoyer ses rues, tous faits de branches de Bouleaux ! Hélas ces branches d’une couleur brun-rouge sombre sont aujourd’hui remplacés par des répliques en plastique d'un vert fluorescent. Les "petits bonshommes verts" ne recyclent plus leurs propres outils... Dans certains pays, on se sert des branches pour faire des toits de chaume. Les brindilles servent aussi à fabriquer des tissus.

Feuilles

De ses feuilles, légèrement amères, on fait des tisanes contre les rhumatismes, l’hydropsie et les calculs rénaux. En application externe, sous forme de cataplasmes et chauffées à la vapeur, les feuilles de Bouleau sont excellentes contre l’eczéma et diverses éruptions de la peau. Les feuilles ont une odeur particulière, agréable et légèrement aromatique. On leur confère des propriétés laxatives et toniques.