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Les outils du CREAF

Origine du projet

La technologie actuelle ne s'intéresse plus aux problématiques de l'artisanat en nature. Aussi n'existe-t-il plus de tradition de fabrication d'outils de ce type alors qu'il existe tant de métiers traditionnellement reliés à la nature. Malheureusement, la plupart de ces outils sont maintenant introuvables, les métiers traditionnels et leurs savoirs ancestraux ayant pour l'essentiel disparus. 

Nous avons donc décidé au CREAF de retrouver une pratique autrefois répandue : celle de fabriquer soi-même ses outils, avec les matériaux disponibles alentour.

Quels outils ?

Les premiers outils nécessaires au CREAF concernent essentiellement les tâches reliées à la cueillette et aux premiers travaux de transformation des végétaux en produits d'arts forestiers. Aussi nous sommes-nous orientés vers la réalisation d'un certain type de couteaux, qui soient faciles à faire et rapidement utilisables. Nous avons également développé des outils pour la vannerie, puisque le tressage et la fabrication de paniers, de contenants pour sécher les plantes ou les pâtes végétales sont parmi nos premières activités récurrentes.

Les matériaux

Nos outils sont des outils manuels, donc en premier lieu, il s'agit d'avoir une prise solide pour bien tenir l'objet en main. L'importance du manche est toute aussi cruciale que celles des lames, qui elles, peuvent être changées au besoin. Au CREAF nous privilégions la fabrication d'outils sur mesure : il n'en coûte rien de plus, ce n'est pas plus long à élaborer, et surtout, cela permet à chaque artisan d'avoir forgé lui-même un outil ergonomique qui lui correspondra le mieux. 

La majorité des manches d'outils, en raison de leur usage constant, doivent être en bois francs, garants de solidité et de durabilité. Certains cependant, peuvent être taillés dans du Cèdre ou du Pin, dont le bois est plus tendre, mais dans le cas d'usages moins intensifs, ou plus légers, tels que pour la vannerie.

Exemples d'outils

Dans une série consacrée au pin rouge, nous avons expérimenté avec des branches de ce Pin, dont les formes légèrement courbes, permettent de prévoir une prise qui s'adapte bien à la paume de la main. De cette série, sont nés des coupe-papiers et des instruments pour passer dans la trame des objets de vannerie les tiges nécessaires. Un des outils les plus classiques en vannerie est celui qui permet de faire un trou pour passer la racine d'épinette dans la trame. Ont également été confectionnées des lames de bois utiles pour d'autres opérations, telles que décoller et retirer des écorces. et prélever des racines hors du sol. 

Une autre série de couteaux a été réalisée avec des lames de canifs "exactos", fixées en parallèle comme le montre l'illustration et liées avec du sinew. Ce type de couteau, à double lames identiques, droites d'un côté, en pointe de l'autre, est utilisé en vannerie, pour découper des lamelles de tiges de grosseurs toujours égales. 

Le processus pour fabriquer cette sorte de couteau est relativement simple : la branche est fendue à la verticale, les faces intérieures de celle-ci, plates, lissées avec du papier à sabler, puis les lames sont introduites, à la profondeur désirée. Ensuite on referme les deux moitiés du manche sur les lames, et on lit le tout en haut et en bas du manche avec une ficelle dure, du sinew, de la corde ou du fil de fer. Le cerclage peut aussi être complété par des clous plantés tranversalement (mais le bois peut fendre à la longue et endommager les possibilités de réparation).

Les branches de Pin Rouge prélevées provenaient des branches basses les plus larges de l'arbre, de celles dont il faut le plus souvent débarrasser l'arbre en croissance. L'écorce est ôtée, à l'aide d'un canif. Ensuite l'outil est façonné, par petites entailles répétées, jusqu'à obtenir la forme désirée. Attention, la pointe de l'outil peut être aussi pointue et dangereuse que celle d'un poignard. Seul un fil moins aiguisé le différenciera d'un couteau à lames métalliques.

Enfin, nous avons expérimenté certains bois pour faire des pointes de flèches et de lances. Les meilleures essences se sont avérées être le Merisier et l'Érable. A partir de ces bois, nous travaillons actuellement à réaliser des maillets de différentes tailles, car ils sont difficiles à trouver dans le commerce. 

Conclusion

S'il peut sembler bien rudimentaire de fabriquer soi-même ses propres outils, cela s'avère le plus souvent nécessaire, tôt ou tard, lorsqu'on travaille à la main des matériaux naturels. Une partie de l'apprentissage de l'artisan consiste en sa capacité à fabriquer les outils adéquats aux différents ouvrages. En cherchant ses matériaux dans son environnement familier, il prolonge aussi sa quête de matières appropriées et apprend, chaque fois davantage, à maîtriser celles-ci. 

Nous pensons au CREAF que ce cheminement fait partie intégrante de l'apprentissage technique et environnemental de l'artisan forestier. Aussi allons-nous entrouvrir une porte qui, nous l'espérons, ne se refermera plus.