Territoire Culturel

CREAF / Collections Thématiques

GTC
Groupe Territoire Culturel
http://www.territoire.org
info@territoire.org
SOURCE :

Argiles végétales

Origine du projet de recherche

Lors du projet "La forêt créative" développé durant l'hiver 2002-2003 au CREAF dans le cadre du Programme de mise en valeur des ressources du milieu forestier, Forêt-Québec Volet II, l'occasion nous a été donnée, pour la première fois, de pousser plus loin nos recherches dans un domaine tout à fait inédit, celui des pâtes issues de la biomasse forestièreou "argiles végétales", à usage artistique.

Les Collections Thématiques présentent en effet, une ou deux fois par an, le résultat des recherches et des nouveaux objets et produits en arts forestiers que le CREAF met au point. 

Cette fois-ci, plutôt que de travailler seulement sur le design et la création d'objets nouveaux, nous avons eu la chance de pouvoir expérimenter dans ces domaines, mais surtout, de remonter en amont : en effectuant des travaux de première transformation, à partir de matières végétales présentes dans nos forêts, et en inventant au fur et à mesure de nos recheches la matière première de base qui nous permettrait ensuite de créer de nouvelles formes, utilisations et produits, nous avons découvert un champ de possibilités inédit.

Car non seulement avons-nous pu explorer ces ressources du point de vue de leurs possibilités intrinsèques, mais nous avons pu élaborer des formules diverses et confectionner de nouvelles matières : pour un artiste, quoi de mieux que d'inventer ses propres matériaux ? C'est encore plus "parlant" que d'utiliser des éléments existants. 

Ici, en Matawinie, tout se trouve sous nos yeux, encore faut-il avoir le temps et les moyens d'expérimenter ce qui est du domaine de l'inconnu. Comme il n'existe aucune recette d'argile végétale telles que celles que nous avons élaboré, un programme comme le Volet II nous a permis de mener à bien ce nouveau champ d'investigation, et d'obtenir des premiers résultats d'un intérêt tout à fait remarquable.

Pourquoi l'argile végétale ?

Durant la première année d'existence du CREAF, nous avions commencé à explorer les possibilités de créer une "Pâte à feu", un combustible biologique de survie en forêt, destiné à remplacer les produits toxiques à base de pétrole actuellement sur le marché. À la suite de cette expérience, nous avons souhaité aller plus loin dans l'exploration des pâtes confectionnées à partir de matières végétales, et voulu découvrir quelles autres applications l'on pouvait tirer d'une base simple, mais pas toujours facile à réussir, la pâte végétale forestière. C'est ainsi que nous avons choisi de la faire évoluer vers un autre usage, et que nous l'avons baptisée, en raison de sa finalité artistique : "argile végétale". 

Nous avons donc commencé à faire de nouveaux mélanges, dans un premier temps, avec des ingrédients que nous n'avions pas utilisés jusqu'alors : parfois de la chaux, parfois de la cendre, parfois de la colle blanche, ou des résines liquides, ou encore avec du sable, bref, chaque fois nous avons obtenu des résultats plus ou moins hasardeux, parfois très réussis, mais le recours à des éléments non végétaux nous a cependant gêné. 

De fait, comment pouvait-on pousser plus loin le processus, arriver au même résultat, en ne partant que des plantes elles-mêmes, à supposer qu'une pénurie quelconque d'autres matériaux rende l'application impossible, ou à supposer qu'il nous faille soudain produire en grande quantité l'une de nos pâtes, quand certaines matières sont difficiles à collecter autrement qu'en quantités réduites, comme c'est le cas pour les résines des conifères ?

C'est alors que notre réflexion s'est approfondie, et que nous avons développé un cadre et un protocole de recherche. En posant le questionnement suivant : si l'on tire des arbres de quoi faire de la pâte à papier - une des industries majeures de notre pays - pourquoi ne pourrait-on pas retirer une fois de plus des parties délaissées des résidus forestiers (branches, feuillages, aiguilles, écorces) tout ce qu'on laisse habituellement à l'abandon ou que l'on brûle pour gagner du temps, matières au potentiel cependant tout aussi intéressant a priori que celui des pâtes à papier, sans pour autant avoir recours aux compléments de l'industrie, à savoir des ingrédients chimiques ?

C'est en travaillant alors avec différentes formes - inachevées, imparfaites - de pâtes, durant plusieurs mois, que sont apparues, peu à peu, plusieurs applications possibles : faire des papiers 100 % naturels, puis des cartons de même nature, éléments entièrement recyclables, puis des plaquettes isolantes, enfin des briques végétales. Au même moment, un souvenir d'enfance - ou plutôt d'artiste - a ressurgi : celui de la pâte à modeler, aux possibilités infinies.

C'est ainsi que notre cadre de recherche s'est concentré sur cette application essentielle, d'une utilité et d'une qualité surprenante : la pâte à modeler végétale, sorte de plasticine pouvant avoir différentes utilisations, et de surcroît entièrement "biologique". Une telle substance n'existe pas sur le marché, et pourtant il s'agit d'une pâte forestière par excellence, puisque composée d'ingrédients issus de nos ressources naturelles, dont la texture n'est pas sans rappeller l'argile minérale. Ceci nous a confirmé dans notre intuition et, au moment où nous mettions au point cette nouvelle matière, nous l'avons baptisée "argile végétale" - terme qui illustre à la fois sa caractéristique primordiale et son application principale, comme outil de base pour les arts plastiques.

À quoi peut servir l'argile végétale ?

Nous avons défini au cours de nos expérimentations deux usages principaux et complémentaires que l'on peut tirer d'une argile végétale :

* premièrement, son application comme "plasticine", c'est-à-dire comme pâte à modeler molle et malléable, qui ne sèche et ne durcit pas. Celle-ci est faite pour être travaillée et retravaillée indéfiniment, à condition d'être bien emballée après utilisation. Pour les artistes professionnels, mais aussi pour les artisans, les écoliers, les designers, les maquettistes et les architectes, ses usages sont multiples et peuvent quasiment être réinventés à chaque fois. 

* deuxièmement, comme "pâte à modeler", cette fois pour des moulages, ou pour réaliser des objets destinés à durcir et à sécher, dans une forme définitive. Elle peut alors d'être façonnée, puis peinte, vernie, sablée, sciée, découpée, ou incorporée à d'autres matériaux, selon le but que l'on s'est fixé. Elle prend alors des formes durables, et peut même servir de modèle pour des séries à reproduire dans d'autres matériaux, tels que métal, plâtre, cire, verre, plastique, etc.

Quant au public qui nous a semblé visé par de tels produits, il s'agit avant tout du public artistique et des métiers d'art, mais aussi scolaire, ce qui ouvre de vastes possibilités, puisqu'il n'existe aucune plasticine écologique, 100 % naturelle, faite à partir de végétaux naturels. 

Le CREAF est le premier centre de recherche à mettre au point une telle matière : nous pensons que le potentiel des argiles végétales est, en outre, infiniment plus complexe que celui de la plasticine et des pâtes à modeler industrielles. 

Comme on le verra dans les exemples d'expérimentations et les illustrations à suivre, les possibilités des argiles végétales développées par le CREAF sont immenses, et leurs applications dans les différents prototypes réalisés à cet effet, des plus surprenantes, des plus enthousiasmantes. Nous nous apprêtons actuellement à commercialiser ce nouveau produit. 

Matières premières expérimentées

Tandis que pour la "Pâte à feu", nous nous sommes rendus compte en réduisant des matières végétales à l'état de pâte, que quelques plantes ou parties de plantes (tiges ou résidus de feuillages) rendaient presque impossible l'obtention d'une finesse semblable à celle de la poudre broyée, et que ces résidus semblaient plus résistants que les traitements auxquels nous voulions les soumettre, il a fallu en conclure que ces fragments de tiges affecteraient la cohésion de nos pâtes, qu'elles les perforaient, réduisant l'adhésion des autres ingrédients, et qu'elles conservaient un air un peu trop "rustique", pour ne pas dire "brut" avec leurs brindilles mal broyées.

Nous avons donc cette fois choisi d'éliminer certains matériaux devenus incompatibles avec le but recherché. Cette sélection a créé de nouvelles contraintes, mais a aussi ouvert de nouvelles possibilités. Ajoutons que nous n'avons pas pu nous contenter d'expérimenter à partir de pétales de fleurs uniquement : les quantités nécessaires auraient été trop importantes. De plus, ce travail prenant naissance à la toute fin de l'automne, la plupart des fleurs avaient disparu. Il a donc fallu apprendre à travailler de façon plus sécuritaire, c'est-à-dire avant tout avec des matières disponibles en toutes saisons.

Notre choix s'est donc porté sur une vingtaine de plantes, pour commencer, que nous avons passé au crible de nos expérimentations : feuilles de framboisiers, de bleuets, d'aster bleu et blanc, de verge d'or (solidago canadiensis et solidago graminifoliae), molène, immortelle, quenouille, spiraea, asclépia, feuilles de hêtre, achillée-millefeuille, lactuta canadiensis, cèdre, épinette, sapin, pin rouge, pin blanc, et érable.

Après plusieurs semaines, où nous les avons soumises à différents processus de première transformation (broyage, séchage, mélanges), force nous a été d'en éliminer, faute de quantités suffisantes. À l'exception des feuilles de hêtre, de la soie d'asclépias qui donne des résultats tout à fait étranges et intéressants, et de l'écorce intérieure de certains arbres (broyée sous forme de farine), dont nous savons malgré tout le potentiel, notre choix s'est arrêté sur trois plantes qui ont donné des premiers résultats prometteurs : l'immortelle, la quenouille, et le cèdre. Mais il ne s'agit que d'un début, puisque de nombreuses autres plantes semblent offrir des conditions aussi bonnes, sinon meilleures que celles-ci. 

Pour l'immortelle, nous avons surtout travaillé avec ses feuilles, tandis que ses fleurs ont pu servir à certains prototypes seulement. De la quenouille, nous n'avons gardé que la tête, qui une fois plumée, offre une sorte de soie extraordinairement fine. Du cèdre, nous avons conservé la farine d'écorce intérieure, ainsi que le feuillage des extrémités. Pour des raisons différentes, ces matières se sont révélées utilisables en vue de l'objectif que nous nous somme fixés : parvenir à fabriquer des argiles végétales, de différentes textures mais toutes faciles à utiliser, ni grasses ni salissantes, qui ne soient pas collantes, qui se conservent bien, et qui se prêtent à diverses utilisations en modelage. Divers paramètres ont été pris en compte également : leur facilité de stockage et de conservation, de réutilisation, ainsi que les divers degrés de finesse permettant des travaux bruts ou plus élaborés. Un monde de possibilités s'est ouvert devant nous. En voici les premiers résultats. 

Expérimentations avec la quenouille

Nous nous attendions à tout, sauf à découvrir que la tête de quenouille allait nous permettre de créer une argile végétale d'une grande finesse. D'abord, l'opération principale que nous avons effectuée maintes et maintes fois, jusqu'à obtenir la texture désirée, a été le broyage de ses têtes. Il n'existe pas de machine à broyer des quenouilles, aussi avons-nous tenté l'expérience avec divers broyeurs-mixeurs-moulinets. Au préalable, une opération fastidieuse, mais nécessaire, a consisté à ôter toutes les tiges contenues à l'intérieur des têtes, et ce, à la main, puisqu'il faut éplucher peu à peu cette invraisemblable quantité de soie invisible à l'oeil nu. Mentionnons que la quenouille est une plante qui pousse dans les terrains humides, souvent même dans les marécages, mais qu'il faut paradoxalement que sa tête soit 100 % sèche, sans quoi ce travail d'épluchage préalable est impossible. Une quenouille mouillée est une quenouille perdue.

Une fois cette soie cotonneuse entièrment ôtée, on passe cette matière légère (on dirait presque du duvet) dans le moulinet, ce qui nous donne une sorte de pelluche dont on ne sait, a priori, pas encore quoi faire. La deuxième opération consiste alors à la mélanger avec une farine céréalière ou d'arbre quelconque, puis à la passer une deuxième fois dans le broyeur, ce qui nous donne, au final, une sorte de poudre blanche poussiéreuse. Pas question d'y incorporer des huiles à ce stade, la pâte à base de quenouille se travaille à sec.

Expérimentations avec l'immortelle

Avec l'immortelle, le processus est assez différent : ici, nous n'avons employé que les feuilles fines et pointues de la plante, car la subtilité du feuillage, sa douceur presque veloutée, et sa malléabilité sont plus efficaces que ses fleurs. Le résidu obtenu par broyage a, en outre, la caractéristique d'être presque spongieux, et de s'adapter à n'importe quelle forme de contenant. À l'état de pâte, on retrouve cette qualité veloutée, cette douceur parfumée.

Un deuxième type d'argile a été tenté avec des fleurs d'immortelle. Cette fois, il subsiste beaucoup de petits piquants, de quelques millimètres à peine, et toutes sortes d'aspérités qui donnent une autre texture. À la différence des feuilles, ces fleurs ne permettent pas la formation d'une argile aussi suave qu'une peau. Elles ne se pulvérisent jamais complètement, elles ne se compactent pas davantage parfaitement sous la forme qu'on tente de leur donner. En revanche, la fleur compactée mélangée avec d'autres matières plus adhésives, se révèle un excellent matériau qu'il ne faut pas négliger.

Expérimentations avec le cèdre

Avec le feuillage de cèdre, les résultats sont encore différents : d'abord il faut que celui-ci soit encore vert ; nous n'avons pas pu travailler avec du feuillage sec, séché au soleil, passé, craqué, devenu finalement éphémère, bien que nous en ayons préservé à cet effet. Même après le broyage, le feuillage de cèdre doit demeurer vert. Une fois réduit à l'état de pâte, il nous a donné une senteur très agréable, une texture d'autant plus plaisante qu'elle est légèrement huileuse naturellement, ce qui est des plus convenable pour les travaux de modelage.

Cependant, ce feuillage a tout de même tendance à sécher, un peu plus vite que celui des autres conifères. Il faut donc prendre soin de bien le préserver dans un endroit sombre et frais car, en sèchant, le feuillage de cèdre perd une partie de son poids, et l'on remarque une décoloration subtile qui s'amorce malgré tout. À toutes les étapes du processus, il ne faut pas oublier de bien noter la date de sa cueillette, de son emballage, de son séchage et ses différentes utilisations.

Commentaires et analyse des étapes de transformation

Un premier test, après le mixage final, concerne la consistance qu'on obtient : soit une sorte de plasticine, soit un produit trop liquide, trop poudreux, ou encore trop friable. Hormis le premier cas de figure, les autres ont pour effet que l'objet qu'on voudra modeler ne tiendra pas dans sa forme - initiale ou finale. La consistance idéale doit s'approcher de la plasticine, dès le départ ; si l'on obtient pas cette première qualité, la pâte à modeler ne sera jamais qu'un amalgame épais, gluant, fractionné par mottes ou déchirable en raison de ses aspérités.

Un deuxième test consiste à voir si la matière grasse contenue dans l'argile végétale, après mixage et pétrissage de celle-ci, est totalement absorbée et si l'argile n'a pas cet aspect huileux qui imbibe les mains ou tache, à titre de vérification, un papier sur lequel on le pose. Selon les plantes utilisées, nous avions l'intuition que cette possibilité de traces huileuses pourrait nuire au produit final, ce fut le cas pour le cèdre, ce qui nous a amené à éliminer presque entièrement le recours à une huile végétale autre dans ce cas, pour ne conserver que les propriétés naturellement déjà un peu huileuses du feuillage de cèdre.

Remarques sur les différentes qualités d'argiles obtenues

Chaque plante donne réellement une texture différente : l'immortelle, un produit malléable et suave, très propice au modelage. Le cèdre, une matière plus compacte mais plus solide, qui peut être raffinée à des degrés divers, selon qu'on veut obtenir une pâte de première utilisation ou de finition. Enfin la quenouille, ramenée à l'état d'argile presque semblable à une peau, donne un produit très fin, dont nous nous sommes surtout servis pour faire des retouches, des remplissages de cavités minuscules, des détails de figurines, bref, tout ce qui peut contribuer à lisser ou à parfaire une forme plus grossièrement élaborée.

Les argiles sèches représentent un degré supplémentaire de transformation de la matière végétale ; elles diffèrent des argiles mouillées qui, elles, contiennent de l'eau et une matière huileuse tandis que les premières n'en incluent pas.

Dans l'un et l'autre cas, des nuances apparaissent selon l'apport plus ou moins important d'ingrédients que l'on peut y insérer, comme le sel, utile pour absorber l'eau, solidifier la consistance, et donner une texture à la fois fine et très légèrement granuleuse qui, dans ce cas, joue un rôle dans l'adhésion des matières brutes entre elles.

Pour ce qui est de l'utilisation d'huiles végétales, nous aurions aimé pouvoir fabriquer les nôtres, à partir de plantes indigènes d'ici, mais faute de temps suffisant (le processus est très long, s'effectuant en plusieurs étapes, "au compte goutte") et d'équipements appropriés, nous avons utilisé des huiles végétales ordinaires, portées à ébullion avec des feuillages de coninfères : cette technique propre au CREAF en donne d'exactement ajustées à nos besoins, car l'huile végétale ordinaire se corrompt tôt ou tard, tandis qu'avec des conifères, elle devient plus durable, ajoute un arôme qui agrémente l'argile végétale, et peut même éloigner les insectes ou micro-organismes qui pourraient détériorer l'argile.

Remarques sur les combinaisons d'ingrédients

Tout d'abord, durant les premières semaines d'expérimentations de ce volet, nous avons tenté plus d'une vingtaine de combinaisons de matières, tant seules qu'entre elles : quenouille seule, quenouille + aiguilles de sapin, quenouille + rameaux de cèdre, asclépias seule, asclépias + farine d'écorce de bouleau, immortelle broyées + copeaux d'écorce de bouleau, et bien d'autres mais, voyant l'ampleur de la tâche, en si peu de temps, nous nous en sommes tenus aux trois plantes dont nous disposions en quantité suffisante au départ : la quenouille, l'immortelle, le cèdre. Toutes les autres restent à être expérimentées.

D'autre part, nous avons fait plusieurs essais, concernant les teintures, pour voir si cela donnait quelques résultats. L'un deux nous a satisfait : un mélange consistant à faire dans un premier temps de la teinture de solidago (verge d'or, qui donne un jaune très beau) et à l'incorporer dans l'argile de quenouille. La coloration de la pâte ainsi obtenue a été jugée assez intéressante. S'est ouvert alors un monde de nouvelles possibilités, qui n'aurait concerné que les teintures et les possibilités d'incorporer celles-ci à nos nouveaux produits. Un micro monde en lui-même. Nous n'avions pas le temps, cette fois ci hélas, d'être entrainés dans cette direction, mais les quelques prototypes conçus et testés à cette occasion nous confirment qu'il y a des possibilités à explorer de ce côté là.

Remarques sur les textures obtenues

Le plus intéressant pour nous, dans ce cycle d'expérimentation, a été de découvrir à quel point les textures obtenues se sont avérées remarquables et diverses. À notre grande surprise, nous avons découvert non seulement un nombre de combinaisons quasi illimité en ce qui concerne l'apparence des argiles, lorsqu'à l'état de plasticine, mais surtout, leurs réactions très différentes au moment du modelage et du séchage, ainsi que leur apparence finale, une fois complètement sèches. Il nous a fallu plusieurs jours, parfois plusieurs semaines pour nous en rendre compte.

Les fleurs broyées nous ont donné des pâtes à gros grains, très attrayantes lorsque celles-ci sont noyées dans la texture même qui les absorbe. Elles ont un relief particulier, et conservent à une échelle visible à l'oeil nu, une variété de couleurs très contrastée, à partir de leurs couleurs d'origine. Elles donnent des blocs dificilement travaillables, qui se conservent donc dans la forme initiale qu'on veut leur donner, aussitôt que celle-ci est façonnée.

Les quenouilles au contraire nous ont donné une argile assez fine pour que disparaisse la trace de l'origine de celles-ci, et une couleur beige pâle mais chaude, ce qui est rare pour une teinte de cette sorte. On dirait presque un enduit, et celui-ci se travaille en fines boules flexibles au bout des doigts sans pression de la main.

Certains mélanges d'immortelles, ou d'immortelles avec quenouilles, nous ont donné des textures en apparence proches de celle de la pierre, d'un aspect granitique, parfois poreux, ou des nuances de marbre brut (non pôli) et de granit jaune (cette fois lisse) qu'on peut trouver dans le monde minéral. Avec ces matières, nous avons conçu des figures plus abstraites, l'équivalent le plus proche de la sculpture sur pierre. C'est une découverte majeure pour CREAF, que de pouvoir donner l'illusion de la pierre avec de simples fleurs, et d'arriver à une consistance assez solide, même si elle n'est pas à l'épreuve des bris. C'est là aussi que l'on constate toute l'importance de la différence entre les argiles sèches et les argiles mouillées : l'une et l'autre donnent des résultats de type "pierre", mais avec des degrés de finition plus ou moins apparents.

Nous avons expérimenté également en incorporant certains ingrédients extérieurs, pour certains objets, en leur ajoutant soit un peu de sable (d'ici, de nos forêts), soit des pigments (d'argiles naturelles recueillies auparavant dans des dépôts de sédiments lacustres, an nord de notre région), soit des cendres ou de la terre, et parfois d'autres éléments. Ces résultats "mixtes" restant à développer, ils pourront faire l'objet d'un prochain cycle d'expérimentations du CREAF. Mais dores et déjà on constate dans certains cas que le mélange de sable avec les végétaux renforce l'aspect "pierreux" de certains objets façonnés, comme on peut le voir sur les bols présentés.

Avec la soie d'asclépias, il a été plus difficile d'obtenir une texture homogène : les grains plats ainsi que les soies résistent l'un et l'autre au broyage (à moins de les y forcer avec des machines plus puissantes) ; c'est pourquoi subsiste un air de rebellion dans ces matières, mêmes aglutinées entre elles ! Nous en apprécions cependant les qualités esthétiques.

Une toute autre texture nous a été donnée en broyant grossièrement des copeaux de cèdre, mais il est difficile de parler alors d'une argile végétale, car même épais et difficilement réductible, le résultat s'apparente quant à lui à une sorte de mousse végétale sèche, plus oxygénée et poreuse, même s'il conserve une apparence de vernis. Comme on peut le voir sur la photo qui représente un échantillon de cette matière, la galette ronde obtenue est étonnante sur le plan de la texture ; nous l'aimons beaucoup mais son usage reste à préciser, ce que nous voudrions explorer dans une prochaine phase.

En conclusion, il est impossible de rapporter ici toutes les combinaisons de textures possibles, puisque celles-ci sont différentes à chaque fois, selon qu'on rajoute quelques onces ou grammes de plus ou de moins, de tel ou tel ingrédient. Et surtout, devrait-on dire, selon ce que nous inspire le moment, la résistance ou la malléabilité d'un matériau. Il est rarement possible de répéter une formule, car même l'imprévu nous impose une part d'aléatoire, comme entre l'étape mixage-broyage et celle du séchage, qui vient parfois contredire complètement nos attentes, selon aussi la forme qu'on a donné à l'objet, plus ou moins fin, plus ou moins épais ou consistant. En tout état de cause, c'est la patience et surtout l'expérimentation inlassable qui rendent ces premières découvertes applicables et surtout réutilisables : tout artiste apprend par lui-même, au toucher, comment il aime ou n'aime pas une consistance, la peut adoucir, durcir ou transformer. Cependant nos conclusions sont assez définitives en ce qui concerne les trois plantes à partir desquelles nous avons obtenu des résultats au dessus de la moyenne.

L'argile de quenouille

Tel que mentionné brièvement plus haut, la texture obtenue est d'une malléabilité très intéressante. La finesse du produit s'avère très satisfaisante, pour ce qui est de cet aspect.

Etant une pâte très fine, nous avons vu que ses applications la rendaient non seulement utilisable pour faire des perles (qui durcissent et peuvent être employées en bijouterie botanique... autre digression intéressante, qui n'a pas fini d'être explorée, mais que l'on peut voir dans notre rubrique "Bijouterie Botanique"), des boules ou des objets parfaitement lisses qu'on pourrait prendre pour des plâtres ou des pierres polies, mais surtout pour créer des objets spécifiques, puisqu'elle s'approche étonnement de la céramique. C'est ainsi qu'on peut la façonner pour elle-même, mais aussi, si on la travaille par-dessus une pâte plus brute, qu'on peut adoucir le motif sculpté en couvrant certains détails, en finition, en réparations, en retouches, en remplissages de fissures, comme adhésif ou comme camouflage d'aspérités.

Elle sèche très bien et se différencie alors totalement de sa première apparence, celle de la plasticine infiniment malléable, et comme elle ne contient que peu d'ingrédients extérieurs, elle demeure la plus "bio" et la plus naturelle des artgiles végétales que nous avons mises au point.

Il n'existe pas d'argile réalisable à partir de ses feuilles ou de sa tige. Elle doit donc, dans ce cas-ci, ses qualités à sa seule soie. Celle-ci étant extrèmement fine, on obtient une argile qui ressemble à une peau presque transparente.

L'argile de cèdre

La pâte de feuillage de cèdre nous a donné trois argiles distinctes, dont la différence s'explique par la grosseur du grain et parce que l'une d'elle contenait des résidus pulvérisés d'écorce de cônes de cèdre. Ceux-ci étant en effet très petits et légers comme du papier en coquilles, il nous est arrivé de tenter des mélanges en conservant les rameaux tels quels, d'autres en ôtant toutes les cocottes encore présentes.

La première de ces argiles, la plus brute, est destinée, en raison de son caractère plus massif, à une utilisation de base, lorsqu'on a besoin de constituer la charpente d'un objet, sa base, son socle, ou sa forme brute, qui pourra ensuite être retravaillée à l'aide des deux autres types d'argiles (moyenne et fine). Les deux suivantes servent ensuite à consolider la forme désirée, à lui donner son relief définitif, enfin à parfaire les finitions et les détails, puisque l'argile fine de cèdre donne quasiment les mêmes résultats que l'argile de quenouille extra-fine. Ce point est intéressant, car il permet de constater que l'argile de cèdre, sous ses trois formes, est en quelque sorte auto-suffisante, les trois étapes principales du modelage étant réalisables à partir des trois composés mentionnés.

Pour ce qui est de la conservation et du séchage de ces argiles, un bocal hermétiquement clos reste nécessaire si l'on veut les garder à l'état de plasticine souple et réutilisable. Sinon, le contact de l'air durcit peu à peu la pâte, et il se forme une sorte de croûte qu'on peut néanmoins ôter le cas échéant à l'aide d'un couteau. Si l'on souhaite au contraire sécher les objets façonnés, on se contentera de les laisser à la température ambiante de la pièce, mais en prévoyant plusieurs jours, voire semaines de séchage, la résorbsion naturelle des composés huileux et la volatilisation de ceux-ci s'effectuant extrèmement lentement. On déconseillera toute accélération artificielle du séchage, comme la cuisson ou le séchage en séchoirs électriques : cela n'aurait pour effet que de craquer les argiles et de les rendre cassantes, ou de les rétrécir sur elles-mêmes et, en se ratatinant, elles perdraient leurs contours originels.

Enfin, mentionnons la senteur agréable de l'argile de cèdre : la travailler devient alors un plaisir, tant est profond l'arôme de cette matière. Au lieu de modeler du plâtre de Paris, sec, insipide, toxique et dont la poussière est dangereuse pour les poumons, on peut s'enduire les mains d'argile de cèdre sans craindre sa toxicité et en bénéficiant d'un parfum spécifique.

L'argile d'immortelle

L'argile d'immortelle a une autre personnalité, et nous voudrions signaler à quel point tout le charme de celle-ci tient à ses feuilles, qui sont suaves et fines. Cette argile est celle qui se rapproche le plus de celle de la quenouille, pour ce qui est de la finesse (même si la plus fine des trois argiles de cèdre s'en rapproche aussi quelque peu).

L'argile d'immortelle est aussi celle qui nous a permis d'effectuer le plus efficacement possible un certain nombre de tests (valables pour les autres argiles) : par exemple, c'est avec elle que nous avons toujours commencé par faire des mini-bols, ou micro-paniers, pour plusieurs raisons. C'est que quand on commence un travaille de modelage, quelqu'il soit, on débute toujours en prenant une petite quantité de pâte dans sa main, pour la pétrir puis pour en faire une petite boule (ou plusieurs). Cette petite sphère nous renseigne déjà d'un grand nombre de façons : à savoir si elle tient, si elle roule, si elle adhère à la surface sur laquelle elle est posée (n'oublions pas que la forme sphérique est celle qui permet la moindre surface de contact entre l'objet et sa base), si elle colle, si elle se fissure ; bref, comme le poids de la matière est également réparti sur toute la surface de la boule, on a déjà quelques indices sur ses caractéristiques générales comme matière.


Ensuite, un autre test consiste à rouler cette pâte en forme de crayon. On fait toujours cette deuxième opération pour vérifier un certain nombre de choses : pour voir si la pâte s'étire, si elle est homogène, si elle s'équilibre ou se disloque, si elle s'applatit au bout de quelques instants comme une languette ou si elle conserve sa forme arrondie de crayon. Durant cette opération, on en profite pour acquérir des impressions supplémentaires quant à sa malléabilité et sa suavité. On sait alors déjà presque tout ce qu'on a besoin de savoir avant de procéder au modelage en tant que tel.

Troisième test, réalisé avec la pâte : on fabrique les micropaniers, le plus souvent en écrasant la boule initiale avec un autre objet, puis en modelant des parois tout autour du creux du fond ainsi obtenu, de façon à découvrir cette fois des renseignements sur d'autres qualités qu'on espère présentes. Le micro-panier (ou mini-bol) comporte en effet un fond (plat), des murs (verticaux, plus ou moins épais), des rebords, des arrondis, des creux et des pleins, ce qui nous donne encore plus de chances de mesurer le potentiel de la pâte. Si les murs s'écroulent ou se disloquent, si les arrondis retombent, si le creux se referme sur lui-même, ou tout autre incident (fréquent quand on débute !), tous ces indices nous fournissent des indications quant aux mesures à prendre à ce moment-là (utiliser la pâte pour la charpente seulement, ou au contraire renforcer celle-ci par une texture de finition, ou tout simplement remplacer une pâte par une autre, selon l'effet désiré). Si des petits résidus de tiges, indésirables, subsistent dans les mélanges, la pâte aura toujours tendance à se déchirer ou à former des craquelures.

Les mini-bols permettent en outre de prendre la mesure du temps de séchage des épaisseurs (comme celle du fond), et du degré de résistance de la paroi lorsque celle-ci est très fine, au contact de l'air, ainsi que sa capacité à conserver sa forme étirée. Les degrés de séchage varient d'un endroit à l'autre de chaque objet : il ne faut donc jamais oublier de les retourner, plusieurs fois par jour, de les placer la tête en bas, sur les côtés, et de répéter le mouvement à nouveau jusqu'à ce que l'objet soit complètement sec.

L'intérêt des argiles végétales

Leur intérêt premier est qu'ils sont entièrement naturels, non toxiques, qu'ils ne contiennent aucun ingrédient chimique. C'est ce qu'a souhaité inventer et a réussi à mettre au point le CREAF. Une première dans l'histoire des matériaux artistiques et du modelage.

Leur deuxième caractéristique est qu'elles sont très agréables à utiliser et que, contrairement au plâtre de Paris, elles sont réutilisables plusieurs fois si on prend soin de les conserver de la manière appropriée (dans un bocal ou un récipient fermé et étanche). Enfin leur qualité de conservation, une fois sous forme d'objets devenus secs, est telle qu'elles peuvent durer des années, sous l'apparence d'objets en pierre.

La différence principale que nous avons observé entre ces argiles naturelles et le plâtre de Paris, est en outre que celui-ci n'a qu'une seule et même consistance, qu'on est obligé de le travailler vite et avec la quantité d'eau appropriée sinon il est gâché immédiatement. De plus, les résultats obtenus avec du plâtre de Paris sont toujours les mêmes : une texture poreuse et poussièreuse, très cassante. Tandis que les argiles mises au point par le CREAF offrent une variété de textures, de couleurs, d'arômes, et biensûr de qualités : fines, moyennes, épaisses, à grains ou lisses, etc. Enfin les argiles végétales sont beaucoup plus malléables que le plâtre de Paris : c'est un avantage considérable pour les mains d'un artisan ou d'un sculpteur, que d'avoir à sa disposition une matière plus flexible qui peut se retravailler au gré de l'imagination. L'immortelle est souple mais devient comme une sorte de roche, la quenouille est suave, mais devient comme une sorte de ciment... D'autres plantes nous livreront d'autres secrets.

Avons-nous rencontré des problèmes particuliers ? A vrai dire peu ou pas, en ce qui concerne ces premiers argiles obtenues. Nous sommes particulièrement contents des résultats, malgré l'origine très humble des matières de base (déchets des branches, végétaux peu utilisés, etc). Nous sommes confiants quant à l'avenir de ces argiles, car outre leur excellente qualité, elles inaugurent un nouveau marché dans le domaine des pâtes végétales. C'est pourquoi nous allons poursuivre nos recherches, afin de comparer ces premiers résultats avec ceux que nous donneront d'autres plantes. Car nous voici sur le point de commercialiser, dans un avenir très proche, les meilleures de nos argiles. 

Remarques complémentaires (teinture, recherche de textures, adhésifs)

Selon les objets présentés ici dans ces nouvelles Collections Thématiques, nous avons tenté quelques expériences complémentaires ayant trait à l'incorporation de teintures naturelles. À quel moment fallait-il insérer ces colorants, fallaient-ils qu'ils soient solides, en poudre, liquides ou sous une forme concentrée ? Il y a eu plusieurs réponses possibles.

Dans un des petits bols en argile végétale, muni d'un couvercle, nous avons travaillé la pâte directement avec des éléments de solidago (verge d'or) en espérant que ressorte le jaune. Dans un autre cas, nous avons coloré la matière malaxée avec de la teinture de solidago diluée, faite à partir d'un concentré liquide préparé peu après la cueillette des dernières plantes disponibles à la toute fin de l'automne. Nous avons également effectué d'autres essais, en incorporant des particules de solidago séchées et broyées en poudre à notre argile de quenouille. Dans chacun de ces trois cas, on observe des nuances qu'il importera de vérifier avec d'autres plantes, pour en saisir les particularités. Mais l'efficacité de ces premiers mélanges s'avère indéniable. Elle ouvre la voie à de nouvelles recherches. 

Les prochaines expérimentations du CREAF porteront aussi sur des teintures faites à partir de conifères, qui donnent des gammes de gris, de bruns et de noirs, ainsi que sur certains bois francs, tout à fait intéressants ; sur des teintures faites à partir de fruits sauvages, ainsi que de certaines racines et résidus d'écorces.

Parmi les recherches de textures que nous avons aussi tentées, il y a eu le phénomène de la cristallisation. On en voit un exemple sur une des languettes de sapin découpée pour en faire un pendentif. Avec de la résine de pin (et non de la gomme de sapin ou d'épinette), nous avons obtenu une texture s'adaptant très bien aux rugosités de l'écorce. Elle lui donne un aspect vernis mais non collant, qui permet la de manipuler sans difficulté.

Enfin, des expérimentations sur l'adhésion des argiles entre elles, individuellement, ou sur des supports variés, nous ont permis de vérifier ou d'infirmer nos conclusions quant à leurs qualités respectives. Sur la baguette "à six pâtes", on observe plusieurs textures aux couleurs très contrastées (vert foncé, beige clair, chocolat, etc). Nous voulions en effet voir si nos argiles étaient assez collantes pour que les molécules tiennent entre elles, que ce soit sur du bois, du métal ou tout autre support. Toutes nos argiles ont tenu bon, et certaines, en séchant, se sont révélées dures et fines comme du ciment. Et comment explique t-on qu'une argile adhère bien ? Cela n'est non pas tant en fonction de la plante utilisée que de la formule employée, car il peut y avoir des argiles qui, quoique "florales" adhèrent aussi bien que certaines plasticines. Aucun ingrédient chimique n'a été mêlé à nos argiles quelles qu'elles soient. Voilà l'aspect novateur de ces résultats. 

Cartons et plaques végétales

Au tout début de nos expérimentations, ainsi que durant le deuxième cycle de nos travaux d'hiver, nous nous sommes attachés à fabriquer des sortes de pâtes qui, une fois sèches, donneraient des cartons en matière végétale. 

Cherchant en effet à fabriquer les contenants de certains de nos produits, comme les smudges d'immortelle ou les bâtonnets d'encens biologiques, nous en sommes venus à rechercher des textures complémentaires, qui soient compatibles avec nos produits finis.

Le potentiel des cartons et des plaques végétales est encore inexploré, puisqu'il s'agit toujours de produits sans aucun ajout chimique, ni agent de conservation etc. Nous avons donc travaillé des échantillons de pâtes différents, en modifiant au fur et à mesure des résultats nos formules pour obtenir plusieurs sortes de cartons qui durcissent au contact de l'air, malgré un temps de séchage beaucoup plus long pour les obtenir. En faisant disparaitre progressivement les éléments humides de ces pâtes, nous avons réussi à obtenir des plaques de carton dur qui peuvent être roulées, coupées, peintes, ou pliées. Selon les plantes employées, des textures et des couleurs très diverses peuvent être produites, comme en témoigne la série des "plaques" photographiées.

Remarques sur les tests de fabrication, la conservation et l'empaquetage 

Un des avantages majeurs des argiles végétales mises au point par le CREAF, est qu'elles sèchent à l'air libre, ce qui simplifie de beaucoup le processus et réduit les coups de fabrication. Ceci permet au produit de rester naturel, suivant des étapes simples, ce qui contribue à son caractère écologique.

Pour tester une dernière fois une argile avant de l'empaqueter, nous la travaillons en forme de petit cône, autre excellente forme utile lors des tests de qualité, afin de voir si elle se réduit en séchant. Comme l'épaisseur de l'argile n'est pas la même à la base et à l'extrémité du cône, on en sent vite entre les doigts les limites, de même que sa solidité, sa friabilité, et sa propension à conserver sa forme ou non.

Pour l'empaquetage, nous avons trouvé que les contenants de plastique ou de verre hermétiquement fermés sont les meilleurs pour conserver les argiles. Pour des quantités plus petites, utilisables une seule fois, les contenants métalliques peuvent aussi être employés (mais non réutilisés). Si le volume de l'argile se réduit parfois un tout petit peu, c'est infiniment moins que son équivalent plus connu, le papier mâché.

Le design et la création d'objets artistiques

C'est le domaine que nous avons le moins abordé dans cette rubrique, bien que nous l'ayons expérimenté, et qui resterait à décrire bien plus longuement... car la création ne connait pas de limites. Forts ici d'un nouveau choix de matériaux, aux possibilités infiniment plus diversifiées que les plasticines et pâtes à modeler en usage habituellement, nous sommes conscients d'être au début d'un processus tout à faire remarquable qui pourra nous mener très loin, tant les textures, les combinaisons d'ingrédients, les couleurs et les formes peuvent varier d'une argile végétale à l'autre, d'une main à une autre.

Nous avons demandé à plusieurs artistes venus expérimenter au CREAF, s'il leur semblait qu'il y avait une différence d'utilisation des argiles végétales dans l'artisanat plutôt que dans l'art contemporain. La réponse a été... non ! Car rien ne différencie l'emploi qu'on peut en faire, si ce n'est la traduction plastique propre à selon l'inspiration de chacun. Dans l'histoire de l'art et des civilisations, la plupart des découvertes de ce type ont toujours une originale artisanale, puis des développements ultérieurs ont lieu, souvent à partir d'une racine commune, qui permettent ensuite d'établir que tel objet fut d'abord un objet artistique art ou artisanal - une distinction qui n'existe pas dans les cultures autochtones traditionnelles, où les objets utilitaires ont aussi une fonction sacrée... - alors comment savoir quelle en fut la fonction réelle, en plus de son aspect symbolique, fonctionnel, ludique ou décoratif ? De nos jours, la réponse se trouve au bout de nos doigts. Selon les mains entre lesquelles elles tombent, nos argiles deviennent colliers, bols, statuettes, briques, papiers, plaques, isolants, cartons, socles, plats, sculptures, perles ou masques inédits... Nous en explorons actuellement les premières applications industrielles. 

Outils et accessoires

Pour travailler - à la main, bien sûr - nous avons utilisé principalement des mortiers (en pierre lisse ; en roche volcanique, plus poreuse), des moulinets, des broyeurs, des blenders, des déchiqueteurs, des bocaux, des spatules, des couteaux, du papier aluminium, des séchoirs sur cadre de bois, des passoires, des balances, des tamis, des pinces, des brosses, des sabliers, des moustiquaires, des thermomètres, des casseroles au bain-marie, des bâtonnets, des brindilles, des pinceaux, des aiguilles, des poinçons, des planches à découper, des règles, des chronomètres, des grattoirs, des sécateurs, mais... jamais de gants ! Car si l'on veut véritablement "mettre la main à la pâte"... il ne faut "pas prendre de gants" ! Une argile végétale ne s'apprécie qu'au toucher, par la paume et du bout des doigts.

Un petit conseil en terminant, pour les utilisateurs d'argiles végétales du CREAF : si vous oubliez de refermer l'un de vos bocaux, nous vous recommandons d'ôter la croûte qui pourrait se former au contact de l'air, de mouiller l'une de vos mains seulement avec une goutte d'huile végétale, et de retravailler votre argile en malaxant la masse jusqu'à ce qu'elle reprenne sa consistance originale. Mais attention, n'utilisez jamais d'eau ; celle-ci pourrait être votre pire ennemi : elle fragilise l'adhésion des éléments !